IDBio à Lomé : cinq jours pour former des enseignants-chercheurs africains à l’Analyse de Cycle de Vie et à l’entrepreneuriat

Du 13 au 17 avril 2026, l’Université de Lomé a accueilli le Module 3 de la formation théorique continue du projet IDBio. Vingt enseignants-chercheurs venus de cinq pays — Bénin, Burkina Faso, Madagascar, Sénégal et Togo — se sont retrouvés pour cinq jours d’ateliers, de cas pratiques et de témoignages, autour de deux thématiques au cœur de la transition durable africaine : l’Analyse de Cycle de Vie (ACV) et la formation de formateurs en entrepreneuriat.

Un module clé du parcours de formation continue IDBio

Le projet IDBio (Ingénierie Durable des Produits Biosourcés), associé à la Chaire UNESCO du même nom et porté conjointement par un consortium de 13 partenaires franco-africains, poursuit son déploiement de formations à destination des enseignants-chercheurs des établissements partenaires africains.

Le programme repose sur trois modules théoriques annuels, complétés par des formations pratiques dans les Centres de Transfert de Technologies et plateformes des établissements français. Le Module 3, dernier de la séquence, est consacré à « l’Analyse économique, l’Analyse de Cycle de Vie, la Propriété intellectuelle et l’Entreprenariat ». C’est cette édition que l’Université de Lomé a eu l’honneur d’accueillir cette année.

Vingt participants, cinq pays, une dynamique consortium
La formation a réuni 20 participants ciblés, dont 8 femmes, représentant les établissements partenaires du consortium IDBio :

  • Bénin — Université d’Abomey-Calavi (UAC) : 2 participants
  • Burkina Faso — Université Joseph Ki-Zerbo (UJKZ) : 2 participants
  • Madagascar — Université d’Antananarivo : 2 participants
  • Sénégal — Université Gaston Berger (UGB) : 2 participants
  • Togo — Université de Lomé : 12 participants

Cette répartition reflète la volonté du projet d’associer pleinement l’institution hôte, tout en garantissant la dimension multi-pays qui fait la richesse du réseau IDBio. Conformément aux critères de sélection du Module 3, les participants exercent en priorité dans les incubateurs ou structures d’accompagnement à l’entrepreneuriat de leurs établissements respectifs.

Le lancement officiel a été marqué par une allocution des autorités de l’Université de Lomé, moment protocolaire fort qui a rappelé l’importance du projet IDBio pour le développement des compétences au sein de l’université hôte et renforcé les liens institutionnels entre les partenaires d’Afrique de l’Ouest, de Madagascar et la coordination franco-sénégalaise.

Volet 1 — Analyse de Cycle de Vie (13–15 avril)

Trois journées intensives ont été consacrées à l’Analyse de Cycle de Vie (ACV), animées par Yasmine Lalau et Ugo Javourez. La progression pédagogique a été pensée pour conduire les participants, en seulement trois jours, des concepts fondamentaux jusqu’à la manipulation d’un logiciel libre de référence.

Jour 1 — Cadrer une étude ACV

La première journée a posé les bases : positionnement de l’ACV dans l’évaluation environnementale, méthodologie en quatre étapes selon les normes ISO 14040/44, vocabulaire, unité fonctionnelle et flux de référence. Une série d’activités en groupes a permis aux participants d’expérimenter dès le premier jour la définition d’objectifs, de champs d’étude et de diagrammes de procédés. La journée s’est terminée sur la multifonctionnalité, les frontières des systèmes et la distinction entre approches attributionnelle et conséquentielle.

Jour 2 — Inventaire, bases de données et premier cas d’étude

La deuxième journée a abordé l’inventaire de cycle de vie (étape 2) avec un panorama des bases de données de référence (ecoinvent, Agribalyse…), puis l’évaluation des impacts environnementaux (étape 3) avec ses méthodes et facteurs d’émissions. L’après-midi a été consacré au lancement du cas d’étude fil rouge : une ACV de production de gaz renouvelable dans le contexte togolais, modélisée sur un template Excel. Ce choix de cas — local, ancré dans une problématique énergétique africaine — a particulièrement résonné avec les attentes des participants.

Jour 3 — Interprétation et passage au logiciel OpenLCA

La troisième journée a abordé l’étape 4 de l’ACV (interprétation, qualité et communication des résultats, incertitudes), avant d’introduire OpenLCA, logiciel libre incontournable de la communauté. Le cas d’étude togolais, déjà modélisé sur Excel, a été réimplémenté sur OpenLCA, offrant aux participants un transfert direct entre cadre théorique et outil professionnel. La journée s’est conclue par une session d’échange sur la place de l’ACV dans l’enseignement supérieur africain.

Volet 2 — Entrepreneuriat : devenir formateur-coach (16–17 avril)

Les deux dernières journées ont basculé vers l’entrepreneuriat, sous l’animation de Philippe Farenc, avec la contribution d’acteurs locaux togolais. L’objectif n’était pas de former à entreprendre, mais bien à former à former : doter les enseignants-chercheurs de méthodes, postures et outils pédagogiques pour accompagner les projets entrepreneuriaux étudiants dans leurs propres établissements.

Jour 4 — Fondements et pédagogie active

La journée a démarré par un cadrage participatif (« mur de mots » sur les attentes), suivi d’un double apport théorique :

  • L’entrepreneuriat africain dans le contexte ouest-africain, présenté par Yvon Koudam, dirigeant d’une startup togolaise.
  • Le référentiel européen ENTRECOMP des compétences entrepreneuriales, détaillé par Philippe Farenc.

Un atelier « jeu de cartes » a permis aux participants d’expérimenter l’évaluation des compétences entrepreneuriales chez les étudiants. L’après-midi a porté sur la pédagogie active, la posture formateur-coach et l’alignement pédagogique, débouchant sur la construction collective d’une séquence de formation autour du Business Model Canvas (BMC).

La journée s’est clôturée par une soirée TEDx animée par trois entrepreneurs locaux : Yvon Koudam (jeune startup), Rebecca GNAN (entrepreneuse active dans le secteur agricole) et Marius BAGNY (entrepreneur PME). Le format court et incarné a marqué les participants, suivi d’une soirée réseautage.

Jour 5 — Coaching, dispositif institutionnel et plan d’action

La dernière journée a abordé l’accompagnement et le coaching entrepreneurial : différence formation/coaching, techniques de mentorat, suivi de projet étudiant, gestion de l’échec. Un atelier de simulation par jeu de rôle (coach / porteur de projet / observateurs) a permis aux participants de se mettre concrètement en situation.

Les témoignages de formateurs en entrepreneuriat — dont celui d’Edem Koledzi, enseignant à l’Université de Lomé — ont prolongé l’échange. L’après-midi a été consacré à la construction de dispositifs institutionnels d’entrepreneuriat : modèles d’intégration curriculaire, création de centres d’entrepreneuriat, partenariats avec les écosystèmes locaux, mesure d’impact. Chaque pays / institution a élaboré un plan d’action institutionnel pour la rentrée à venir.

La formation s’est conclue par un débrief collectif (méthode des trois post-it : coup de cœur, Grrr !, forever) et un engagement personnel de chaque participant à mettre en œuvre les acquis dans son établissement.

Une mallette pédagogique pour repartir équipé

Chaque participant est reparti avec une mallette pédagogique numérique (clé USB) contenant :

  • Des outils en ingénierie pédagogique : fiches syllabus et fiches scénario éditables ;
  • Le jeu de cartes ENTRECOMP et ses règles, le référentiel des 20 compétences entrepreneuriales ;
  • Des modules prêts à tester (dont l’atelier
  • Un plan d’action institutionnel co-construit pendant la formation ;
  • Une bibliographie de référence (mentorat, deeptech, chartes d’engagement).

À cela s’ajoute un acquis intangible mais essentiel : un réseau de formateurs en entrepreneuriat structuré pendant la semaine, qui prolongera la dynamique au-delà du séminaire.

Une dynamique de groupe saluée par tous

Le fait majeur de ce séminaire restera la très forte implication des participants et l’excellente qualité des contenus. Un très grand intérêt s’est manifesté tout au long des ateliers pratiques, témoignant d’une réelle volonté de s’approprier ces nouveaux outils, tant sur le plan technique de l’ACV que sur les méthodes d’animation en entrepreneuriat.

Plusieurs participants ont d’ores et déjà annoncé leur intention d’implémenter des modules dès la prochaine rentrée au niveau licence, signe que la chaîne de transmission visée par IDBio — du formateur de formateurs à l’étudiant africain — est en train de se mettre en place concrètement.

Et après ?

À l’issue de cette semaine, les enseignants-chercheurs formés ont pour mission de :

  • Transférer les connaissances en ACV à leurs étudiants dans leurs établissements respectifs ;
  • Adopter la posture de coach pour mieux accompagner les projets étudiants ;
  • Intégrer des modules « IDBio » dans leurs cursus licence et contribuer aux enseignements du Master IDBio (Chaire UNESCO) ;
  • Disséminer auprès de leurs pairs les compétences acquises ;
  • Accompagner les jeunes formés dans le cadre des actions du projet IDBio.

La prochaine étape pour le consortium est désormais le volet pratique : les participants se retrouveront en France à l’été 2026 pour des formations pratiques au sein des Centres de Transfert de Technologies et plateformes des établissements français partenaires (INSA Toulouse, Toulouse INP, IMT Mines Albi, Institut Agro Montpellier).

Remerciements

Le consortium IDBio adresse ses remerciements aux autorités de l’Université de Lomé pour leur accueil chaleureux, aux formateurs Yasmine Lalau, Ugo Javourez, Philippe Farenc et Yvon Koudam, aux entrepreneurs et témoins qui ont accepté de partager leurs parcours — Rebecca GNAN, Marius BAGNY, Edem Koledzi — et à l’ensemble des participants des six pays partenaires pour leur engagement et la qualité des échanges.

Le projet IDBio est porté par la Chaire UNESCO Ingénierie Durable des Produits Biosourcés dans le cadre du programme Partenariats Académiques Afrique–France (PEA), financé par l’AFD via l’ANR.

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